Lundi 18 février 2008 1 18 /02 /2008 18:13

Le décès du Camarade David Bernard Diwah Wondjamouna, survenu le 29 janvier dernier à Douala, est une disparition qui va peser lourdement sur tous ceux des confrères qui ont cheminé avec lui à Douala. Diwah a assisté à la création du SNJC le 18 mai 2002 à l’hôtel Le Méridien de Douala. Il avait bourlingué à coups de très brefs séjours dans de nombreuses rédactions de la place, dont La Nouvelle Expression au moment où j’y étais le rédacteur en chef.  

 

Le décès du Camarade David Bernard Diwah Wondjamouna, survenu le 29 janvier dernier à Douala, est une disparition qui va peser lourdement sur tous ceux des confrères qui ont cheminé avec lui à Douala. Diwah a assisté à la création du Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC) le 18 mai 2002 à l’hôtel Le Méridien de Douala. Il avait bourlingué à coups de très brefs séjours dans de nombreuses rédactions de la place, dont La Nouvelle Expression au moment où j’y étais le rédacteur en chef.

 

A son sujet, je n’ai pas envie de faire un éloge funèbre, mais dire la vérité. Wondjamouna (comme je l’appelais) se sentait comme concerné au premier chef par le développement du Syndicat et l’amélioration des conditions de vie et de travail des journalistes camerounais. A cet effet, il a passé beaucoup de temps à me critiquer avec une violence particulière, souvent par voie de Web. Au début évidemment, j’ai très mal pris cela parce que ma petite expérience à la tête du Syndicat m’a appris que les confrères critiquent rarement pour des raisons objectives et constructives. En fait, beaucoup sont motivés par une extrême jalousie et une haine basées sur des frustrations d’ordre psychanalytique, qui n’ont rien à voir avec l’intérêt collectif. Ils soutiennent alors aveuglément toute génération spontanée qui pourrait se présenter pour vous emmerder. Parce qu’ils ne croient en rien. Ce n’était pas le cas pour Wondjamouna. Avec le temps, le climat entre lui et moi s’est apaisé. J’ai compris que c’est la marche du Syndicat qui l’intéressait véritablement.

 

Marxiste-léniniste. Et je peux dire que nous sommes devenus amis. On avait un point commun : on se revendiquait de l’idéologie marxiste. Parce que j’ai une solide structuration marxiste-léniniste, on a passé du temps à débattre du matérialisme dialectique, fondement du marxisme, et de ses autres sommiers philosophiques dont les idées de Héraclite, jusqu’à la théorie de la transformation du monde par le travail de Friedrich Engels. On avait des discussions sur l’actualité politique de la lutte des classes inspirée au départ par les Emile Durkheim, et illustrée dans Das Kapital de Karl Marx, avec cette option pragmatique de l’Etat et la révolution de Lénine... On avait un point de divergence : il avait tendance à faire très peu de cas de Dieu, le Dieu d’Israël s’entend. C’est une tendance marxisante, il est vrai…

 

Il m’a emmené chez lui à Bassa quelquefois et m’avait présenté sa compagne. Il avait entrepris des négociations avec Serena hôtel et ensuite l’Hôtel Manengouba pour que l’on ait un lieu fixe pour les réunions du Syndicat. Ces négociations n’ont pu être bouclées à cause de mon indisponibilité. Il en était plus que préoccupé.

 

Wondjamouna est resté très spontané, mais surtout fier. Il n’hésitait jamais à dire ce qu’il avait à dire, mais savait aussi « encaisser ». Je dirai même qu’il me donnait parfois l’impression d’être naïf, même si son idée de créer le journal « L’autre Nkam » est venue lui conférer une sorte de maturité précoce. Il était, en tout cas, le type de confrère fait pour être avec moi « au civil ». Nous sommes tous démunis il est vrai, mais rien ne peut expliquer que l’on soit mal habillé, sale, et que l’on tienne à afficher sa misère à la première occase, surtout lorsque cela est inutile. Du temps de sa superbe, Thomas Eyoum’a Ntoh avait coutume de dire qu’être mal habillé et sale c’est manquer de respect à tous ceux que l’on est appelé à rencontrer dans la journée. Wondjamouna était de ceux que n’importe qui pouvait recevoir sans ciller.

 

Il m’a fait part l’année dernière de son idée de créer Matanda. De son point de vue, il fallait sortir du département du Nkam pour « arroser »  toute la côte. Matanda, m’expliquait-il, signifie mangrove. Et c’est tout un symbole en pays Sawa. On a eu une longue séance de travail à cet effet à Deïdo Plage, avec ses collaborateurs - qu’il tenait à qualifier d’amis. Il voulait que je l’aide à concevoir une maquette. Finalement, ce qu’on devait réaliser a avorté. Avec lui, beaucoup de belles idées avortaient toujours de la même façon. En fait, il était comme Héraclite le disait : il ne se lavait pas deux fois dans la même rivière ; il était ondoyant, mais demeurait sympathique et agréable.

 

Il changeait. J’ai constaté qu’avec le temps il s’était rapproché de l’élite du Nkam, l’élite de Yaoundé et qu’il s’était fondu dans leurs combats. Il changeait. Cela ne lui ressemblait pas. C’est un milieu comme beaucoup d’autres dans ce pays où il est évident qu’on n’aime pas les journalistes, on les y craint - son collaborateur l’a confirmé lors de l’hommage organisé au siège du Manidem mercredi dernier.

 

Au plan syndical, Wondjamouna n’a jamais accepté d’être qualifié d’employeur. Pour lui, ce n’était qu’une manœuvre pour l’écarter du syndicat. Il tenait à indiquer que dans son journal il n’y avait pas d’employeur. Il a donc revendiqué son appartenance au Syndicat jusqu’au bout.

 

Mais avant tout, nous aimions beaucoup Diwah, l’individu avec lequel on allait danser à L’Aristocrate. Même si l’on n’avait pas l’opportunité de le voir très régulièrement, on aimait être avec lui. C’est ce que nous perdons aujourd’hui : un militant, un ami qui savait être impétueux mais respectueux. Aujourd’hui, il nous quitte pour rejoindre une autre réalité métaphysique qui relève de Dieu, un Dieu qui, malheureusement, n’était pas sa première obsession. Il est parti sans crier gare, parce qu’il tenait par-dessus tout à sa fierté. Il me parlait de sa maladie comme d’un mal récurrent mais qui ne devait pas être une préoccupation capitale. Il me disait tout sourire, comme sans conviction : « Président, je t’assure que je suis malade ! ». Ce faisant, il n’en donnait pas l’air. Nous pleurons et pleurerons beaucoup ce petit frère, confrère et ami.

 

Nous sommes des exclus ! On a perdu dans un contexte similaire les camarades Mathieu Kizito Ngalamou (La Nouvelle Expression), Pascal E. Dang (Mutations)… On n’a rien pu faire de mémorable à cause de notre condition modeste et déstructurée. Nous sommes des exclus ! Nous n’avons toujours pas le moindre kopeck de cotisation syndicale nonobstant les dispositions de la loi et nos nombreuses démarches au Gouvernement, « encadreur principal » de notre paupérisation. Nous n’avons même pas droit à des représentants du personnel et à une immatriculation régulière à la Caisse de sécurité sociale... Au plan africain, on nous impose la culture de l’émiettement, cette culture qui a saccagé la scène politique…

 

On n’a donc pu l’assister dans ce contexte de déni de sécurité sociale où la seule aide publique au journaliste consiste à lui rappeler qu’il a un rôle de service public en lui contestant tous les bénéfices de la fortune publique. Un contexte où le journaliste est un loup pour le journaliste. Puisse la profession se souvenir de ces séculaires turpitudes et faire des prochains Diwah des grands moments de remise en cause d’une corporation de clochards…

 

Malgré l’adversité, dans le plan de Dieu, nous allons poursuivre la lutte pendant un petit moment encore. Adieu jeune homme ! Que la terre de tes ancêtres Banya à Jabassi te soit légère, Camarade!

 

Hommage de Jean Marc Soboth ,

Premier secrétaire du Syndicat National des Journalistes du Cameroun, SNJC

Journaliste, Conseiller régional (réserve) de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ), Membre du conseil consultatif du Conseil Camerounais des Médias (CCM), Membre du Commonwealth Journalists Association (CJA), membre fondateur de la Fédération Africaine des Journalistes (FAJ)

 

 

Par Njognath - Publié dans : Portrait
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