Maikorda Jacky
Danseuse de “ Gourna ” dans un univers de mâles, machots à souhait, elle ne laisse pourtant personne indifférent.
La fête du coq célébrée par la communauté Toupouri de Douala, le 1er décembre 2007 a été l’occasion de promouvoir et valoriser le riche patrimoine culturel de ce peuple. Les Toupouri sont souches de la région de Doukoula, à celle de Tcha-tibali en passant par Touloum dans les départements de Mayo Kani et Mayo Danaï dans la province de l’Extrême-Nord. Pendant les festivités qui se sont déroulées à l’esplanade du collège Saint-Michel, une danseuse a particulièrement séduit le public. Jacky Maikorda, 28 ans était la seule de son genre au milieu des centaines d’hommes, le torse nu, une culotte ceint au niveau des reins par une guêtre et un bâton à la main qui s’attelait à exécuter avec frénésie les différentes pas des danses traditionnelles au rythme des tambours et des instruments de musique traditionnelle, tout en donnant de la voix. Notamment “ le Waï Waï ”, “ le Kwassa ” et “ le Gourna ”, toutes des danses guerrières de ce peuple. Si les danses “ Waï Waï ” et “ Kwassa ” sont des danses populaires, le “ Gourna ” est une danse sacrée particulièrement réservée aux initiés.
Elle aussi dépourvu de toute honte, présentait un torse nu où seul un soutien gorge couvrait les seins et autour des reins une serviette pour servir de guêtre. Ce nécessité du courage. “ Il est vrai qu’il faut s’armer du courage, mais l’accueil des hommes et leur encadrement ont facilité mon intégration ”, indique Jacky MaiKorda.
Accoutrement spécial
Et c’est la deuxième année consécutive qu’elle se retrouve ainsi seule dans cette arène de mâles. Qu’elle n’a pas été sa surprise. “ Je croyais que nous devions être nombreuses cette année, mais j’ai été désagréablement surprise que je sois encore toute seule ”, avoue-t-elle. Mais les femmes étaient bien heureuses de la voir défendre leurs couleurs. Ce qui justifie le soutien de plusieurs d’entre-elles qui ne sont pas empêchées de l’ovationner et même de lui remettre souvent un peu d’argent. “ Je suis très encouragée et chaque année je reçois beaucoup de présents ”, reconnaît-elle. Seulement son bonheur sera encore immense pour cette pionnière en la matière si elle était suivie. “ Je les invite à faire comme moi. Car, pour beaucoup d’entre-elles, c’est une question de honte. Puisque pendant les prestations certaines ne s’empêchent pas à’intégrer les rangs habillées de manière moderne, or pour exécuter ces danses il faut un accoutrement spécial ”, fait remarquer Maikorda.
Maikorda est une jeune femme de 28 ans. Elle arrive à Douala en 1996 à la suite d’un mariage qui la fait migrer de son village natal. De ce mariage, elle donne deux enfants avant d’être contrainte au divorce par son mari. Actuellement, elle vit seule au quartier Brazzaville et travaille comme cuisinière chez un couple de Libanais. C’est ainsi que loin d’être sous l’autorité d’un homme qui verrait mal son épouse en train de dévoiler une partie de ses attributs, elle s’est lancée dans ce folklore qui l’a toujours fascinée. Réalisant un rêve d’enfance.
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 12-12-2007
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