Gabriel Raoul Djankou
Fonctionnaire des Nations unies dans l’océan indien. Il parle des contributions pour redorer le blason de Nkongsamba.
Vous apparaissez comme une élite de la ville de Nkongsamba, cette ville qui tombe en ruine. Que pensez-vous de cette situation ?
La situation actuelle de la ville de Nkongsamba est simple à expliquer. Le prestige et l’importance de la ville ont été bâtis grâce au café. Le café ne se vend plus. Le tissu économique et industriel de la ville était basé exclusivement sur ce café. Conséquence, toute l’activité économique de la ville a chuté. Certains parlent du problème autochtone allogène. Pour moi, cette explication est largement secondaire. Dans toutes les villes du monde, il y a des autochtones et des allogènes. Cela n’empêche pas leur développement. Il faut voir aussi en Europe, les villes minières sont tombées en ruine avec la fermeture des mines de charbon. Seules celles qui avaient diversifié leurs activités économiques ont pu maintenir leur attrait. Ce ne fut pas le cas de Nkongsamba.
Que faire dans ce cas ?
Il faut se débarrasser de la nostalgie et capitaliser sur l’amour sans borne que les enfants de Nkongsamba vouent pour leur ville. Mais le plus important est l’action que les enfants de la ville devront entreprendre, individuellement ou collectivement. Par ailleurs, Il faut encourager le gouvernement à faire ce qu’il doit faire notamment en réalisant les nombreuses promesses faites en faveur de la ville…Il faut cesser de rêver de Nkongsamba 3ème ville du Cameroun. Il faut cesser de verser des larmes sur l’état de la ville et passer à l’action par la création des activités économiques génératrices d’emplois et de revenu. On peut toujours investir dans le café. Mais cela ne redonnera pas à la ville son importance d’antan. Il ne faut même pas chercher à regagner cette place, mais plutôt à améliorer le quotidien, le cadre de vie et le bien-être des populations qui sont encore dans la ville. Avec les potentialités de la ville et de sa région, l’agro-alimentaire se présente comme le premier domaine. Le climat et les conditions de vie pourraient favoriser le développement de l’enseignement supérieur et les centres de recherche de haut niveau.
Qui va faire tout cela ?
C’est une œuvre de chacun et tout le monde. Mais il faut des signes. Il faut des pionniers. Comme signe, je vois le signe du gouvernement qui a érigé l’hôpital de district de Nkongsamba en hôpital provincial de Nkongsamba. Il se dit qu’une décision importante dans le cadre de la décentralisation pourrait bénéficier à la ville. On veut y croire. Je vois des pionniers, des courageux qui ont initié des projets qui vont dans le sens de la relance de la ville. Je veux parler de cet enfant de la ville qui a racheté les usine Tzouvelos pour la torréfaction du café haut de gamme avec les italiens. Je veux parler de l’ouverture de l’Institut supérieur de management du Manengouba (Ismam) qui permet aux enfants de se former sur place après le Baccalauréat, aux parents de dépenser moins pour la formation universitaire de leur enfants et à la ville de bénéficier des activités et de l’animation que cela génère. Par ailleurs, la mise en œuvre d’un projet de l’Union européenne est aussi un signe qui peu appeler d’autres actions de la communauté internationale.
C’est très peu pour relancer la ville vous ne trouvez pas ?
En effet. Mais c’est déjà cela. Il y a encore 3 ans, personne ne pensait que l’on pouvait encore initier des choses à Nkongsamba. Je suis sûr que les gens vont suivre, chacun avec ses idées, ses projets, ses moyens… L’éclatement de la commune urbaine de Nkongsamba en trois communes d’arrondissement sera aussi une bonne occasion d’émulation et de développement de la ville, si bien sûr tout cela est bien organisé et géré. Les générations 1960 et 1970 semblent avoir compris et s’organiseraient pour relancer la ville. Il y en a qui sont à des postes de responsabilité politique. Certains ont des relations et des moyens. Beaucoup ont des idées et des projets. Reste à passer à la mise en œuvre.
Croyez-vous vraiment que les choses vont bouger et changer à Nkongsamba ?
“ Rien de grand ne se réalise sans passion ni foi ”, vous connaissez l’adage. Mais l’action doit suivre la foi et la passion. Personnellement, j’agis en espérant que beaucoup d’autres agiront également. Certains le font déjà. Mais il faut en effet une onde de choc d’importance pour faire décoller notre ville. Le processus est amorcé même si c’est vrai, il doit être plus soutenu. Le gouvernement pour sa part a également promis sur financement Ppte, le bitumage de quelques kilomètres de la voirie urbaine. C'est autant de signes...
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 21-11-2007
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