Lundi 15 octobre 2007 1 15 /10 /2007 11:28

Thomas Sankara  : L’héritage

 

En quatre années de pouvoir, le premier président du Burkina Faso a été  le précurseur d’une révolution spirituelle, idéologique et politique. Il a permis à ce pays de s’affranchir et de sortir d’une misère renversante. Plusieurs compatriotes disent la pérenniser.

 

 

Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de Thomas Sankara ? Sans doute plus qu’une légende et quelques nostalgiques. Pour preuve, au Burkina Faso, les élections législatives de 2002 ont connu la montée en puissance des partis d’opposition se réclamant de la vision politique sankariste. Ils avaient vu leur nombre de sièges à l’Assemblée nationale augmenter. Voilà son ultime revanche progressive sur ses ennemis. Il va s’en dire qu’en éliminant brutalement Sankara, les puschistes du 15 octobre 1987 en ont fait un martyr du nationaliste et de la révolution africaine. Par-delà la mort et par elle, Sankara est devenu la figure emblématique de ceux qui rêvent d’une Afrique autre. 

Dès que le nom de Thomas Sankara est prononcé, les conversations s’animent, les yeux s’écarquillent. Car, son discours a séduit au Burkina Faso comme à l’étranger au point qu’on le compare aux pères des indépendances Lumumba (ex-Zaïre), N’Krumah (Ghana), Um Nyobe (Cameroun). Dans la politique extérieure, il est très proche des régimes progressistes africains, à l’instar de celui de Kadhafi en Libye, ou de celui qu’a incarné Rawlings au Ghana, de Museveni en Ouganda. Chef de l’Etat burkinabé de 1983 à 1987, il a incarné un renouveau idéologique en décrétant des lois qu’il commence par appliquer à lui-même et à son gouvernement. Des Africains souvent des jeunes sont encore fascinés par sa personnalité, comme le furent autrefois des générations d’Arabes par Nasser ou Kadhafi.

Face aux maux quotidiens et aux lendemains sombres fait de sida et crise économique, Sankara incarna et incarne, à tort ou à raison, le refus de la négation des dirigeants africains. L’espoir, l’énergie, un autre possible ou, plus simplement, une certaine fierté. Ainsi que le résume cette phrase célèbre d’un de ses discours. «  Le Burkina Faso a besoin d’hommes libres pour mettre en place un monde de paix et de respect »

 

Lourd héritage

En arrivant au pouvoir en août 1983, Thomas Sankara, jeune capitaine marxiste, rebaptise le pays en le nommant Burkina Faso. Le précédent nom, Haute Volta évoquait surtout ses coups d’Etat, ses famines chroniques, ses épidémies endémiques... Celui qu’on désigne comme le président des pauvres, ou de la révolution d’août 1983 incarne l’espoir. Il engage de nombreux combats contre : La corruption, la déclaration des biens et l’embourgeoisement dans la fonctions publique et parapublique. Il montre l’exemple avec les membres de son gouvernement en parquant, les Limousines et Cadillacs, pour rouler désormais en Renault 5, des voitures qui consomment moins. Au placard, les costumes sur mesure, maintenant il faut porter du Faso dan fani, (le tissu en coton burkinabé).

Sur le plan social, il lance une campagne massive de vaccination des Burkinabé qui fera chuter le taux de mortalité infantile alors le plus haut d’Afrique. La construction considérable d’écoles et d’hôpitaux, la campagne de reboisement avec la plantation de millions d’arbres pour faire reculer le Sahel. Il lance une grande réforme agraire avec la redistribution des terres aux paysans, augmentation des prix et suppression des impôts agricoles. La conjonction d’un ambitieux Plan quinquennal engagé en 1986 (6) et d’une saison des pluies enfin abondantes avait permis de rompre avec le déficit vivrier structurel : un excédent de 20 000 tonnes de céréales fut dégagé pendant la campagne 1986-1987. La production cotonnière, principale recette d’exportation du pays, atteignait 150 000 tonnes en 1987, soit un doublement par rapport à 1983.

A son actif, on met aussi les grandes mesures de libération de la femme (interdiction de l’excision, réglementation de la polygamie, participation à la vie politique, etc.). Et la mise en place des aides au logement (baisse des loyers, grandes constructions de logement pour tous).

Malheureusement, l’ami intime, le capitaine Blaise Compaoré va clore de manière sanglante, la première expérience « nationaliste et révolutionnaire » menée dans ce pays très pauvre, depuis août 1983, par une génération de « cadets » de l’armée.

 

Mathieu Nathanaël NJOG 
Le Messager du 15/10/07

Par Njognath - Publié dans : Politique
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