Jeudi 27 septembre 2007 4 27 /09 /2007 20:38

Perspectives

Après les installations, les magistrats municipaux élus le 22 juillet dernier n’ont plus droit à l’erreur. Ils sont attendus sur plusieurs fronts. Trouver l’adéquation entre les réalités du terrain et les promesses de campagne.

 

1- Une confiance à rétablir

 

Du 10 au 14 septembre 2007, le préfet Bernard Atébédé a procédé à l’installation des maires et adjoints aux maires des six communes du département du Wouri. Dès cet instant, le fonctionnement des mairies, paralysé depuis la convocation du corps électoral en début du mois de juin, va reprendre vie. Les employés avaient déserté leurs postes de service, les maires sortant avaient perdu le pouvoir de signature et les maires nouvellement élus n’avaient toujours pas l’onction de l’Etat pour se mettre au travail. C’est fait, les maires nouvellement élus ou ceux réélus ont ceint de nouvelles écharpes, qui en font de nouveaux édiles, traduisant aussi un nouveau départ et de nouveaux défis pour le rayonnement des différentes communes urbaines.

Ce sont, Jean-Jacques Lènguè Malapa à Douala Ier, Denise Fampou, épouse Ebobissé à Douala IIème, Oumarou Fadil à Douala IIIè, John Ndangle Kumase à Douala IVe, Françoise Foning (provisoirement) à Douala Ve et Ernest Edimo à Douala Ve. Sur eux reposent la confiance de l’administration, lorsque celle des populations n’existe plus. “ Ceux qui étaient là n’ont rien fait, ceux qui arrivent ne feront rien. Ne nous leurrons pas, c’est du pareil au même ”, lance A. Djuikom. Un autre habitant ne leur prête rien d’autre que des ambitions mercantiles. “ Ne vous méprenez pas, les maires passent le long de leur mandat à se faire rembourser les budgets investis pour leur élection et à amasser de quoi permettre leur réélection. On les verra en ce début de mandat pour le folklore dans les tournées de remerciement et à la fin de leur mandat pour inaugurer les réalisations de saupoudrages politiques pour essayer de masquer des bilans catastrophiques ”, peint Kalla. A côté, il y a ceux qui gardent encore de grands espoirs en ces hommes et femmes portés à la tête des mairies. A peine les maires ont-ils pris leurs fonctions que les populations ne se montrent pas avares dans l’énumération de leurs attentes.

 

2- Les chantiers des jeunes loups

Dans la commune de Douala Ier, alors que le maire Lènguè Malapa se donne comme priorité, la construction d’un hôtel de ville pour cette mairie en location dans une villa de M. Ntang Gilbert se trouve dans un cadre exigu, les populations l’interpellent pour l’amélioration de leurs conditions de vie. “ Il est urgent de trouver une solution pour les inondations, la reconstruction des axes routiers entièrement dégradés, de mener une campagne d’hygiène et de salubrité pour l’assainissement des quartiers et œuvrer à la promotion culturelle ”, récapitule Dicka qui nous invite à parcourir le trajet Ngangue - Akwa-Nord en passant par Bali pour se rendre compte de la gravité de la situation. Dans la zone rurale de cette commune, tels qu’à Bonamouellé, les populations disent réclamer depuis des années l’aménagement des voies d’accès et la construction d’un pont.

A Douala IIème, le maire bénéficie d’une chaîne de sympathie grâce à son feu père, premier maire de cette commune dont les œuvres restent gravées dans les mémoires. Oeuvres qu’elle devra pérenniser, en améliorant les conditions de vie des populations, en mettant de l’ordre aux constructions anarchiques, en libérant les servitudes bouchées et les drains, en offrant de l’eau potable, en ouvrant les bornes-fontaines et les forages pour éviter les maladies hydriques, etc. En revanche, elle devra mener un combat à l’insalubrité et la promiscuité des habitations de sa commune. Des habitations minées par l’absence des puisards et autres fosses d’aisance. Déjà celles qui en ont, sont vidées nuitamment, mettant à mal les populations des quartiers concernés ainsi exposées aux maladies péri-fécales. Denise Fampou a aussi le devoir d’éteindre le foyer du grand banditisme et du trafic des stupéfiants qui ont fait leur nid dans sa commune surtout avec sa grande menace sur la jeunesse. “ Il faut aussi qu’elle voit l’aménagement des marchés pour éviter les embouteillages et l’insécurité ”, indique Tchoffo, chauffeur taxi.

 

3- Les maires en sursis

A Douala IIIè, l’ancien-nouveau maire Oumarou Fadil, a fort à faire pour retrouver tout le crédit de confiance que les populations lui avaient accordé lorsqu’il était porté à la tête de cette mairie en 2002. Après le premier mandat, les populations de la commune de Douala IIIe, essentiellement constituées des nouveaux quartiers, clament leur déception. Il a entamé de vastes chantiers tels que la construction de l’hôtel de ville et le marché de Ndogpassi village qui sont toujours inachevés et pour lesquels, on soupçonne une gestion très peu orthodoxe des financements alloués à cet effet. Plus qu’une priorité, les habitants de Boko, Mbanga-Pongo, Ngodi Bakoko, Ndogpassi, Pk 10 à 17, disent ne pas faire partie des préoccupations de l’exécutif communal. Ils énumèrent entre autres, le manque criard d’eau potable, l’insalubrité, l’insécurité, l’insuffisance d’infrastructures sanitaires, le désordre dans les marchés, les litiges fonciers. Lors de son installation, le nouveau maire a promis de rectifier le tir au courant de ce deuxième mandat. “ Je sais que je n’aurai plus d’excuses. Mon équipe et moi allons agir au plus vite pour le bien de la population ”, a précisé Oumarou Fadil. “ C’est du bluff ! On en est habitué ”, rejette Yonkoua, une habitante.

A Douala Vè, le maire Françoise Foning assure provisoirement les fonctions de maire, tel que l’a rappelé le préfet Atébédé, en attendant que le contentieux en cours arrive à son terme. Toutefois, pendant le temps qu’elle aura à passer à nouveau à la tête de cette mairie, elle devrait se racheter de son précédent mandat. Outre les travaux d’aménagement de certains axes routiers entrepris par la Cud, le maire de Douala Ve doit assurer la protection de l’environnement et mettre fin à la gestion complaisante des ressources humaines. “ Que les agents communaux cessent de confondre leurs poches avec les caisses communales ”, révèle un ancien cadre de la commune. Combattre le désordre urbain et surtout améliorer les conditions de vie des populations. “ Les communes sont devenues de véritables pôles de développement à travers la lutte contre la pauvreté, la création et le soutien aux activités génératrices de revenus, aux initiatives locales de développement de tous les partenaires et acteurs sociaux de votre commune ”, a prescrit le préfet du Wouri. La nouvelle loi sur la décentralisation “ ne s’accommode plus d’amateurisme jusqu’ici observé dans les nouvelles politiques gouvernementales de développement durable ”, poursuit Bernard Atébédé.

 

4- Les mairies oubliées

A Douala IVè, le nouveau maire, John Kumase, l’unique de l’opposition, a aussi à fort à faire. Il a hérité d’une commune sinistrée, “ mieux, une cité abandonnée si je m’en tiens au fait que de tous les chantiers d’aménagement de la ville de Douala entrepris par la communauté urbaine, Bonabéri n’a bénéficié d’aucun ”, fait remarquer Ewondje. Bonabéri et ses villages environnants sont situés en dessous du niveau de la mer, ce qui entraîne des problèmes d'inondation, d'eau potable, et d'enclavement. A cela s’ajoute le délabrement des infrastructures routières qui présentaient environ 30 km de routes bitumées contre 130 km non bitumées, le taux de chômage élevé, la délinquance juvénile, et l'absence d'un véritable marché. Le nouvel exécutif communal entend s’attaquer à ces maux mais lorsqu’on sait la capacité de nuisance du régime en place, on se demande bien si on ne vivra pas le même climat de rapport qui a prévalu de 98 en 2002 lorsque le Social democratic front tenait la Commune urbaine d’arrondissement de Douala IV comme du reste les autres communes de Douala. On se rappelle que la Communauté urbaine alors dirigé par Tobbo Eyoum, refusait de mettre à disposition la Dotation générale de fonctionnement (Dgf) pour que l’exécutif communal Sdf mène à bien ses missions. En attendant de savoir ce qui adviendra, les populations de Bonabéri, se demandent “ si ce côté de la rive gauche du Wouri fait encore partie de Douala et des supposées grandes ambitions du pouvoir en place ”, s’interroge Augustine Ndeh.

A Douala VIe, ancienne commune de Manoka, composée de 49 îlots ou campements de pêcheurs, pour plus de 37.000 habitants, l’ancien-nouveau maire, Ernest Edimo est fortement contesté. Son investiture a été sévèrement boudée par une frange de la population. “ L’unique maire Rdpc, Ernest Edimo qu’a connu cette mairie depuis sa création en 1996 n’a rien fait malgré les 12 millions que reçoit chaque mois la mairie de la Cud au titre de la Dgf ”, lance un conseiller municipal. Outre un milieu de vie difficile, les conditions d’existence en elles-mêmes sont des plus exécrables. Pas d’eau potable, pas d’électrification, pas d’établissements scolaires, pas de structures sanitaires. “ Nous sommes un arrondissement de misère, abandonné à son propre sort. Le régime en place ne fait rien pour améliorer nos conditions. On dirait que nous ne sommes pas du territoire camerounais”, dénonce Minyangadou, une élite. Les populations vivant essentiellement de la pêche se sont installées au bord de la mer dans des cabanes sur pilotis pour la plupart. Ce qui n’est pas pour améliorer leurs conditions de vie. “ Lorsque les pluies sont fortes, c’est l’inondation et les populations sont contraintes d’abandonner leurs habitations pour se réfugier plus en profondeur, au plateau ”, lance André Hobi. Le maire Ernest Edimo, tient là une chance unique pour sauver sa mémoire, car il y a des anciens conseillers municipaux qui fourbissent leurs armes pour le traîner devant les juridictions compétentes pour malversation. Car, la mairie est un logis éventré dans un marécage où les employés ne se rendent qu’à la fin de chaque mois pour rentrer en possession de leur salaire.

 

Par Mathieu Nathanaël NJOG

Le Messager du 25-09-2007

Par Njognath - Publié dans : Société
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