Nuentsa Edgar
Après avoir travaillé dans l’informel depuis 1990, il se conforme dès que la Fifa autorise les pays africains à organiser les concours en 2001. Il porte un regard critique sur cette profession.
Comment jugez-vous le nombre actuel (30) d’agents de joueurs agréés à ce jour par La Fécafoot ?
Cela suscite beaucoup d’inquiétudes. Contrairement à plusieurs pays plus huppés que le Cameroun en matière de football et dans le fonctionnement d’agents de joueurs, nous sommes très étonnés qu’au Cameroun, pour une session du concours où sont engagés quinze candidats, il y a dix admis. Alors qu’en France, il y a 250 candidats et on a à peine dix admis. Personnellement, j’ai obtenu cet examen après avoir composé deux fois. Je peux vous assurer que ce n’est pas un concours facile.
Quel commentaire faites-vous donc de ce taux de réussite élevé ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans toutes les fédérations sérieuses, on n’arrive pas à obtenir dix pour cent des admis. Organisé dans les conditions exigées par la Fifa, le taux de réussite ne peut atteindre les deux pour cent. Je mets à défi toutes les administrations qui ont eu à gérer cet examen à la fédération camerounaise de football de me démontrer le contraire.
Selon vous, où est le problème ?
Je pense sincèrement que ce sont les méthodes d’organisation de cet examen qui posent problèmes au Cameroun. Les épreuves sont uniques dans le monde. Ils arrivent de Zurich dans la matinée du jour du concours. Il faut aussi dire qu’avec le décalage horaire, des candidats plus futés peuvent s’enquérir chez les relations des pays avec lesquels nous avons près de 24 heures de décalage. Même s’il faut encore être capable de traduire. Toutefois, cet aspect n’est pas évident d’autant plus qu’aucun candidat ne rentre avec les épreuves. Et les questionnaires sont nombreux et à choix multiples. Il est alors difficile de les retenir. Dans ce cas, tout porte à croire que seuls les collaborateurs véreux proches du président de la Fécafoot ou du directeur général voire du secrétaire général peuvent organiser cette fuite.
La fédération n’a pas organisé le dernier concours d’agent de joueurs sous le prétexte qu’il y avait fuite. N’est-ce pas la preuve qu’elle veut lutter contre la tricherie ?
Je ne suis pas surpris. Cela vient confirmer ce que j’essaie de vous démontrer depuis. Tout porte à croire que cela a toujours été ainsi. On peut simplement saluer le courage qu’ont eu ceux qui ont dénoncé cet état de chose aujourd’hui, tout en leur exhortant à tenir bon. La crédibilité de la Fécafoot en dépend après tous les soubresauts qui l’ont agitée. Dans la même lancée, je demande au président Iya d’annuler tous les concours antérieurs afin que nous repartions tous au point de départ. Il y a une urgence d’assainissement. Et lorsqu’on regarde l’organisation, le fonctionnement et le niveau du football camerounais, il va de soi que le Cameroun n’a pas besoin de dix agents de joueurs. Le football camerounais n’est même pas encore semi-professionnel. Plus encore, je doute qu’il ait plus de dix clubs qui peuvent avoir le niveau requis.
Quel serait le nombre réel d’agents de joueurs qui sied au football camerounais ?
Ce n’est pas le nombre le plus important. Si tout le monde pense que ce métier est le plus facile, il n’y a pas de problèmes. Il faut que le nombre d’agents de joueurs justifie leur capacité d’avoir le niveau requis d’admission à cet examen. Mais beaucoup ne maîtrisent même pas les règles élémentaires de ce métier. Il y en a qui auraient déjà pu être radiés pour activité illégale. Autant la profession d’agent de joueurs n’est pas incompatible avec une autre profession dans le civil, autant elle est incompatible avec toute responsabilité dans le football. Or, on y voit qui sont membres de club, des associations, des centres de formation de jeunes footballeurs, commissaires de match, membres des commissions et même entraîneurs.
Au regard de la liste officielle des agents de joueurs, en connaissez-vous qui ne méritent pas la qualité ?
Sans fioriture, je peux affirmer que des trente agents de joueurs aujourd’hui agréés Fifa au Cameroun, il y a pas plus de dix pour cent qui peuvent revendiquer cette qualité. Parce que je vous le redis, le concours d’agent de joueurs est très difficile. Il n’y a qu’au Cameroun où on le réussit avec une facilité déconcertante. Je pense qu’il y a des personnes qui n’ont pas composé, qui sont agents de joueurs. Sinon, comment comprendre que des Camerounais résidant en Europe viennent au Cameroun passer un examen dont les épreuves sont identiques dans le monde à chaque session. S’ils sont capables de le réussir au Cameroun, ce qu’ils peuvent le réussir dans leur pays de résidence. Sinon tirer vous-mêmes les conclusions.
Comment expliquez-vous que la Fécafoot continue de travailler avec des agents non agréés ?
Lorsqu’un groupe de personnes privilégient les intérêts personnels, il ne peut en être autrement. Cette situation est favorisée par certains hauts cadres de la Fécafoot parce qu’ils en jouissent. Et puis, ces mêmes cadres sont eux-mêmes des agents déguisés. Ils profitent de leur position pour favoriser le transfert illégal des jeunes talents et ne s’empêchent pas de détourner à leur propre compte les dossiers de transferts des joueurs de certains clubs. En somme,ils amènent les clubs à travailler avec eux directement qu’avec les agents de joueurs régulièrement agréés. J’ai des exemples où un employé de la Fécafoot a fait mon travail dans un dossier dans lequel j’étais impliqué.
La marginalisation des agents agréés n’est-elle pas due au fait que vous n’êtes pas organisés ?
Il est vrai que si nous étions organisés, nous aurions obtenu de la Fécafoot une convention qui définit un cadre de travail pour tout ce qui engagent les agents de joueurs. Mais cela est aussi dû par le fait que certains agents de joueurs n’avaient pas les mêmes objectifs lorsqu’ils remuaient ciel et terre pour obtenir leur agrément. Pour certains, cela est un passe-droit pour servir à d’autres fins. La tentative de regroupement que nous avions essayée n’a pas avancé parce que certains y ont voulu se servir comme tremplin pour aspirer à des positions dans la sphère Fécafoot, ce qui est une entorse à la profession d’agent de joueurs.
Entretien mené
Par par Mathieu Nathanaël NJOG
Le 25-09-2007
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