Conjoncture
Les acteurs du marché des assurances au Cameroun sont en passe de tripler en cette fin d’exercice 2007. En dépit d’une dizaine de faillite et des retraits d’agréments.
La reprise économique au Cameroun se matérialise dans l’industrie des assurances. En attendant les statistiques 2006, à publier en décembre 2007, celles de 2005 affichent une hausse significative. Le chiffre d’affaires est passé de 89,7 milliards en 2004 à 94 milliards Fcfa en 2005. Un chiffre réalisé par vingt-deux (22) parmi les vingt-trois (23) sociétés d’assurances agréées, au 31 décembre 2005. Ce qui fait du Cameroun le deuxième marché des assurances dans la zone Cima, derrière la Côte d’Ivoire dont le chiffre d’affaires réalisé dans la même période est de 110 milliards Fcfa.
Depuis la fin de l’exercice 2006, vingt-sept (27) sociétés d’assurances sont activées. Vingt-cinq (25) de dommages et vie et deux (2) de réassurances. Le nombre s’annonce croissant en ce troisième semestre 2007 avec l’entrée de nouvelles sociétés dans l’industrie des assurances. Les nouvelles venues agitent déjà le marché des assurances. On observe à cet effet un jeu de chaise musicale au sein du personnel et des directions des sociétés en activités. Mais aussi, des ruptures de bancs et des alliances dans les réseaux.
Mutations
La conjoncture du marché des assurances est donc marquée par l’obtention de l’agrément de la société Area assurances. Cette société a ; d’une part, la particularité d’être une nouvelle société à capitaux nationaux dans un environnement dominé par les sociétés d’assurances multinationales ; d’autre part, son promoteur n’est autre que Simon Ningahi, transfuge de la Saar, société d’assurances. Il en était le directeur général dès la mise en activité en 1991 jusqu’à sa démission en mars dernier. Officiellement, pour justifier cet acte, il avançait son “ départ en retraite ”. Six mois plus tard, avec le concours de plusieurs partenaires, il rebondit à la tête d’une nouvelle compagnie d’assurances dont il est le promoteur.
On attribue à l’arrivée de cette nouvelle société la démission en cascade des cadres de la Saar, c’était au mois d’août dernier. “ La plupart des cadres de la Saar ont été recrutés au lancement de cette société par Ningahi. Le climat de confiance qui a prévalu tout au long de leur étroite collaboration et la capacité managériale qu’ils témoignent à leur ancien Dg peut justifier cette volonté de le rejoindre dans une nouvelle aventure ”, justifie l’un de ses proches. Dans la même effervescence, une nouvelle société d’assurance à capitaux étrangers a obtenu son agrément, il s’agit de la Nsia-Cameroun.
Sa création part de la rupture de bancs entre Richard Lowe, Adg d’Activa assurances et Jean Kakou Diagou, son Pca, par ailleurs Pdg du groupe Nsia sur lequel Activa assurances s’était appuyée depuis sa création en 1999. “ Avec la sortie en début d’année 2007 d’Activa Assurances du réseau Nsia, ce dernier n’ayant plus d’appui au Cameroun, décide de lancer Nsia-Cameroun ”, explique un spécialiste des assurances. Pour la diriger, son promoteur, qui n’est autre que le magnat de l’assurance en Afrique, l’Ivoirien Jean Kakou Diagou, a débauché Mme Esther Tiako, jusque-là Dga de Axa Assurances. Pendant ce temps, All life Insurance a fait son entrée dans le réseau Collina, dont la Citoyenne est membre.
Les attentes de cette conjoncture
La seule inquiétude, pour les professionnels, avec l’arrivée de ces nouvelles sociétés d’assurances, est le très peu d’innovation qu’elles font très souvent preuves. “ Ce qui est malheureux avec cette effervescence dans le marché des assurances, c’est que ces nouvelles sociétés vont proposer les mêmes produits ”, s’indignait Patrice Desgranges lorsqu’il était à la tête de l’Asac. Car, il est question de faire preuve d’ingéniosité pour adapter les produits classiques à la réalité camerounaise, afin d’accroître les recettes et toucher un éventail plus important de la population. A l’instar de l’assurance agricole dans laquelle les compagnies d’assurances ne s’investissent plus.
Or, on se souvient qu’en pleine révolution verte, la première société d’assurance du Cameroun était la défunte Assurance mutuelle et agricole. Mais il y a aussi l’assurance vie et la retraite complémentaire qui sont des filons peu explorés et dans lesquels le marché camerounais est à la traîne. Une enquête réalisée estime à 70% la population camerounaise qui participerait aux assurances financières informelles à travers les tontines. Où ils bénéficient des relations de proximité qui existe entre les membres, et surtout de la rapidité des prestations en cas de sinistre. Afin de bénéficier d'une aide ou d'un prêt en cas d'urgence ou d'imprévus pour eux-mêmes ou pour leur famille. Ces associations interviennent dans les cas de décès, de mariage, de maladie, de scolarité...
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le 24-09-2007
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