Imam Bell Mahmout
L’artisan de la traduction du Coran en Bassa revisite le chantier de sa réalisation.
Comment en est-on arrivé à la traduction du Coran en langue Bassa ?
Jusqu’au XVIIIe siècle, vous conviendrez avec moi que l’église chrétienne en général, a pénétré les zones les plus reculées du monde parce que les missionnaires mettaient l’accent sur la traduction de la Bible en langue locale. La langue étant un important véhicule de la communication, elle suscite la sympathie du peuple vers la religion. Et aujourd’hui l’islam est resté dans un carcan parce que le Coran est écrit en arabe, qui n’est pas compris par tout le monde. Et j’ai pensé qu’avec la traduction française qui a un peu ouvert la compréhension de l’islam aux francophones et francophiles. Le peuple Bassa peut aussi accéder à la compréhension de cette religion qui n’est pas l’apanage ou la propriété des Arabes. C’est pourquoi, j’ai œuvré à la traduction du coran en langue bassa pour que le peuple Bassa, dans ses limites naturelles, accède à la connaissance véritable de l’islam.
Vous croyez ainsi pénétrer les populations du sud Cameroun à l’islam ?
Durant les quelques années que j’ai passées au village Bakoko (notamment à Ngodi Bakoko), tous ceux que j’ai côtoyés se sont imprégnés de l’islam et peuvent parler de cette religion parce qu’ils en ont entendu parler. Il est de mon devoir et de tous les musulmans de transmettre le message de la manière la plus courtoise. J’espère que nos auditeurs pourront suivre la même voie.
Quel est le coût d’un tel travail ?
En terme de finances, nous ne pouvons pas évaluer. Il n’est pas possible de le donner tout de suite. Mais nous avions eu besoin au départ d’un ordinateur complet. Nous nous sommes investis et nous avions prié Dieu qu’il nous évite d’avoir de l’argent à partir de ce travail. Car, nous étions conscients que l’argent est un vecteur de division des groupes. C’est l’amour et la volonté de Dieu qui nous a permis de réaliser ce travail. Toutes les compétences qui ont travaillé dans cette œuvre l’ont fait de manière bénévole et espèrent recevoir la récompense de l’Au-delà.
Pour la plupart des vieillards que nous avons fait venir des villages, nous nous sommes occupés uniquement de leur transport, hébergement et nutrition. Ce n’était pas très coûteux pour nous. Je peux encore me le permettre avec mes maigres revenus de la fonction publique. Deux ou trois parmi nous étaient salariés dans la fonction publique et d’autres dans les sociétés privées. Les petits regroupements de fonds que nous avions faits nous ont permis d’acheter le matériel de travail dont nous avions besoin.
Combien de temps vous a pris cette traduction ?
L’idée de traduire le coran avait débuté bien avant s’être mis en chantier. Mais c’est véritablement en janvier 1999 que j’entame ce travail avec une équipe de trente personnes. Il faut louer l’éternel, car, c’est une œuvre divine et nous n’avons qu’été des instruments. Seulement à mesure que le temps passait, il y a eu les découragements et les décès. Notamment, il y a eu deux personnes que Dieu a eu à rappeler parmi nous. Et c’est en fin 2005 que nous sommes arrivés à la fin de la première mouture que vous avez aujourd’hui. Il a été envoyé en Arabie Saoudite pour étude et multiplication.
On a multiplié une centaine d’exemplaire que nous avions pris soin de conserver au niveau de la bibliothèque nationale. Pour le moment les gens possèdent par photocopie. A brève échéance, nous envisageons le produire en millions d’exemplaires car la demande est grande.
Présenter nous quelques membres de votre équipe
L’équipe de traduction était cosmopolite. Il y avait Idrissa Traoré et Dr Ndiara de nationalité malienne, Abdou Karim Abbo, peul de l’Extreme-Nord, Moumin Ibrahim qui est un peul de Garoua, Mbatkom, du Noun. C’est dire que cette traduction n’est pas une affaire des Bassa, même si à un certain niveau du travail, nous avons fait appel aux Bassa et pas seulement aux Bassa islamisés. A plus de cinq reprises nous avions réuni les anciens du peuple Bassa qui sont très souvent partis de leurs villages pour corriger la forme littéraire.
Comment êtes-vous entrez dans l’islam
C’est une longue histoire qui peut se résumer ainsi. J’ai été un adepte très fervent du christianisme. Notamment à l’église presbytérienne du Cameroun. C’est dans ce cadre que je fais beaucoup de recherche sur la religion. Surtout que j’étais en fin de formation des études qui devait faire de moi un pasteur. Nous étions dans les années 1981 et 1982. C’est alors que j’ai des contacts avec des amis musulmans qui me permettent d’avoir les informations exactes s sur la religion musulmane. Surtout que je croyais que cette religion était la propriété exclusive d’un peuple qu’on appelait le peuple Haoussa. Il faut dire aussi que les informations pas exactes qu’on m’avait inculqué sur cette religion. Par exemple que les musulmans ne se lavent pas, c’est ce qu’on m’avait enseigné et que pour toute purification, il mette les pipis dans les bouloirs c’est avec cela qu’ils se lavent le visage avant la prière. Et qu’avant d’enterrer un des leur décédé ils l’égorgent. Lorsque je commence à faire la connaissance de l’islam avec des amis tels que Njiku Nji Salifou.
A Yaoundé, il y avait Dr Adamou Ndam Njoya alors ministre de l’éducation nationale et son ami le prêtre Engelbert Mveng et ces deux avaient coutume d’organiser des forums de dialogue qu’ils appelaient dialogue islamo-chrétien. Cela a été pour moi une aubaine puisque je participais en posant beaucoup de questions pour connaître ce que c’est que l’islam c’est ainsi que je suis entré à l’islam. C’est alors que j’ai compris qu’il y avait un peu plus de vérité à l’islam.
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 12-09-2007
Repères
Noms de naissance : Luc Bell
Age : 47 ans
Lieu de naissance : Mbanda, arrondissement de Dibang département du Nyong et Kellé
Niveau d’études : Baccalauréat (1986)
Profession : Fonction publique (depuis 1984) aujourd’hui en service au centre des chèques postaux de Douala
Islamisation : Depuis le 19 février 1982 rebaptisé Bell Mahmout
Ses enseignants du Coran : Nji Ndjiku Salifou, un frère du Noun ; Daoudou Baldré, un exilé tchadien ; Youssef Abachir, un coopérant tunisien ; et de jeunes Egyptiens.
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