Stanislas Ambela Ze
La nouvelle mascotte de la police
Au carrefour Ndokoti, il fait l’unanimité et suscite l’admiration des usagers de la route à ce point névralgique de Douala
Le pas ferme et alerte exécuté à grandes enjambées, il va sans se fatiguer d’un bout à l’autre des quatre axes se croisant dans cette jonction qui forme le carrefour Ndokoti. Les poignées fermées et les bras balançant le long du corps, les coups de sifflet stridents accompagnent toute cette gestuelle dans un rythme synchronisé. Tout ce mouvement d’ensemble ne laisse personne indifférent lorsqu’il a la charge de diriger la circulation routière. Une fonction dans laquelle il met automobilistes et piétons au pas. Stanislas Ambela Ze est le jeune policier qui a rendu célèbre un nom qu’il a reçu de ses parents. Son visage d’agneau ne le quitte jamais, quelle que soit la situation. Son casque colonial tout blanc, mariant sa guêtre, son ceinturon avec étui et sa paire de chevillière, embellit sa tenue toujours propre et bien repassée.
Certains usagers de la route s’oublient à l’observer travailler. “ Ils sont très peu à avoir cet engagement, ce dévouement et cette jovialité dans l’exercice de leur fonction ”, lance Christophe T. automobiliste garé sur le côté. Il l’observe depuis une trentaine de minute. “ Il est en plus infatigable ”, ajoute-t-il. Un moto-taximan vient rajouter à l’étonnement de l’automobiliste : “ souvent, il dirige la circulation dans ce carrefour pendant six heures de temps non-stop. ” Il se souvient d’ailleurs du 31 décembre dernier lorsque Stanislas Ambela Ze a dirigé la circulation de 11 h à 18 h. Aujourd’hui, il est la mascotte du carrefour Ndokoti. Au point qu’il y a des gens qui empruntent cette route en espérant le rencontrer à la circulation. “ Lorsque je passe ici au premier tour, je constate qu’il n’est pas à la circulation, je ne reviens plus ici. Je sais que au moindre embouteillage, j’aurai au moins pour une heure avant d’en sortir ”, confie un taximan.
Cette reconnaissance, le public le lui rend bien. Il y reçoit des présents matériels, financiers et même des félicitations verbales. Des gestes qui lui vont droit au cœur. A l’instar de ces femmes faisant dans le petit commerce sur le trottoir. Elles s’échinent à lui offrir des détergents pour qu’il garde sa tenue toujours propre. Il y a même des inconnus, sans décliner leur identité, qui viennent spécialement lui offrir des nouvelles tenues. Les taximen affirment lui offrir régulièrement de nouvelles paires de gants.
Stanislas Ambela Ze est gardien de la paix de deuxième classe de la promotion 2001. Il a fait ses débuts dans la patrouille. “ Je ne regrette pas les patrouilles. J’ai même oublié que j’ai fait la patrouille un jour ”, affirme-t-il comme une confession. La circulation routière est devenue sa passion. Tout ne lui sourit pourtant pas. Un incident est survenu, il y a deux semaines. Un motocycliste refuse de s’exécuter, comme à son habitude. Stanislas Ambela Ze arrache les clés et continue à diriger la circulation. Le conducteur de la moto l’empoigne au collet. La horde de commerçants et motocyclistes du carrefour Ndokoti va voler à son secours. Le motocycliste n’a eu la vie sauve que grâce à l’intervention musclée du commissaire Ebaye Ebaye du 11è arrondissement. Il a décidé de transférer ce quinquagénaire devant le procureur de la République pour agression gratuite sur “ l’un des rares policiers qu’il a vu de sa carrière, qui fait l’unanimité dans l’opinion publique et redore l’image d’une police suffisamment écornée. ”
La circulation routière est le parent pauvre de la police camerounaise. “ Je me suis rendu compte que c’est dans la circulation que je peux être utile à la police et contribuer à lui redonner ses lettres de noblesse ”, avoue Stanislas Ambela Ze. Tout commence en 2005, lorsque de passage au carrefour Ndokoti, un commissaire divisionnaire est impressionné par sa prestation. Il prend ses contacts. Quatre jours plus tard, il lui envoie une somme de 10.000 Fcfa et lui demande de rejoindre Yaoundé. Il lui a offert tout l’arsenal qui fait de lui un agent de la circulation vêtu dans la tenue de circonstance. “ Depuis ce jour, ma motivation a décuplé et même au carrefour Ndokoti les populations me prennent plus au sérieux. Mais ce n’est pas cet équipement qui travaille ”, précise-t-il. Avant de le recevoir en récompense, il était déjà très apprécié.
Malheureusement, la notoriété de ce marié et père de deux enfants ne fait toujours pas des émules parmi ses collègues du commissariat central n°2. En plus, il est très souvent muté à d’autres postes. Cette semaine, il est en faction devant une coopérative non loin du carrefour Ndokoti. Les automobilistes viennent là-bas lui témoigner leur indignation. “ C’est dommage la manière dont on gère les compétences dans ce pays. Qu’est ce que tu fais là ? ”, lui demande M. Ngoss, habitant P.K. 14.
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le 16-05-2007
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