Vigiles
Le métier fait courir les filles mères
La gent féminine grossit de plus en plus les rangs du personnel des sociétés de sécurité. Même si elles sortent essentiellement des couches démunies, elles gagnent aussi en crédibilité.
Derrière les grilles d’entrée de la société Getma, Clarisse, 29 ans, arborant un pantalon bleu et une chemise blanche (tenue de travail de la SGI (Surveillance général industrielle) est confortablement assise derrière un bureau. C’est la réception. Elle est chargée de consigner dans un gros registre les entrées et sorties du personnel et de filtrer les entrées des visiteurs. Une tâche apparemment facile qui aurait pu revenir à une secrétaire, mais la société Getma a opté pour une société de gardiennage. “ Certains usagers n’entendent pas se soumettre aux procédures d’usage pour franchir mon poste. C’est une question de respect de la femme ”, révèle Clarisse.
Le phénomène prend des proportions dans la majorité d’entreprises. “ Il est plus motivé par les exigences des clients. Ils préfèrent les femmes aux hommes à ces postes-là”, avoue Hervé Bakadal, chef d’agence Vigilcam security and service. Cette préférence est aussi portée dans le gardiennage du jour dans les domiciles privés. “ Cela donne l’allure de baby sitter ”, dit Hervé Bakadal. Toutefois, il précise que les propriétaires tiennent à l’éducation de leurs enfants. C’est pourquoi ils exigent que ces filles aient un niveau scolaire minimum de Bepc. “ Cela répond au profil du poste, car il faut savoir répondre au téléphone ”, précise Bakadal.
Au-delà de la demande des clients, les sociétés de gardiennage affichent depuis 1999 une volonté de mixer leur personnel. Pascal Nkengbakouyack, directeur général de l’Agence camerounaise de commerce et de services et d’intérim (Acsi), revendique l’initiative de l’intégration des femmes dans les sociétés de gardiennage. Du temps où il était directeur régional Centre-Sud-Est à Africa security (juin 98 - janvier 2003), il décide de lancer le recrutement des femmes dans le gardiennage. “ Je m’étais rendu compte que les hommes et les femmes rencontrent les mêmes problèmes d’emploi ”, explique-t-il. Mais il y a aussi cet élan de répondre au combat des féministes pour favoriser l’équilibre de genre avec l’intégration de la femme. “ Nous refusons d’être misogyne. S’il y a les femmes dans l’armée pourquoi pas dans les sociétés de gardiennage ”, s’interroge Hervé Bakadal. “ La loi interdit la discrimination de sexe ”, indique Nkengbakouyack. Et puis, il y a aussi la volonté de résoudre un problème social. “ Toutes les femmes qui viennent à nous sont des filles situationnistes. Soient elles sortent d’une rupture soit elles sont des mère-célibataires ”, précise Hervé Bakadal.
Pourtant elles finissent par s’imposer dans les sélections. “ Le major de la première promotion était une femme. On comprend que c’est un secteur nouveau où elles ont plus à prouver que les hommes ”, dit Nkengbakouyack. Avant d’ajouter : “ sur le terrain, elles ont une qualité au-dessus des hommes, elles sont plus assidues et plus engagées.” “ Chez nous, elles ont plus de responsabilité. Ce sont elles les chefs de poste. Conséquence, elles sont parfois plus rémunérées ”, indique Hervé Bakadal. Mais, il reconnaît que les femmes ont d’autres difficultés dans ce métier. “ Elles sont permissionnaires à souhait et accusent toujours des soucis de santé. ”
Une formation plus souple
Sur le plan de la formation, les femmes bénéficient de quelques souplesses. “ Ma formation n’était pas très rude ”, reconnaît Clarisse, mère de deux enfants. “ Nous faisons beaucoup plus dans la théorie et le secrétariat ”, avoue Kepseu, 27 ans, mère de deux enfants et chef de poste à Vigilcam. “ Elles ne subissent pas les épreuves physiques autant que les hommes. Elles subissent plus les cours théoriques. Pour nous, la femme reste une femme ”, affirme Bakadal. En revanche, à Panthère security, on ne fait pas une grande différence dans le processus de recrutement et de formation des hommes et des femmes. “ De prime à bord, il faut être capable de soulever une charge de 50 Kg ”, avoue Hortense Nguidjol Esse, ancienne championne du Cameroun d’haltérophile 2001 et 2002. Ce back-ground a facilité son recrutement et favorisé son ascension dans cette profession. Après ses premières années comme agent de terrain où elle a goûté au gardiennage de nuit pendant un mois, elle a gravi des échelons. Aujourd’hui elle a été élevée au grade de “commando”, chargée de la formation.
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le 11-05-2007
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