Mercredi 2 mai 2007 3 02 /05 /2007 13:32
Cécile Rose Aimée Nga Messi
 
Une vie dans les gerbes de fleurs
Elle gagne sa vie des joies, mais surtout des malheurs des autres.
 
Au carrefour faisant face à l’entrée du service des urgences de l’hôpital Laquintinie, une boutique en matériaux provisoire sur le prolongement du palais Dicka Akwa n’a rien d’attractif. Seules les gerbes de fleurs exposées sur des présentoirs de sa devanture indiquent ce qu’on peut y trouver. Notre curiosité aiguisée, nous y accédons. Deux femmes nous accueillent dans un décor coloré de gerbes de fleurs de toutes les formes. La dodue et teint clair, Carine Nguepenchi tient compagnie à sa frêle camarade Cécile Rose Aimée Nga Messi, la patronne des lieux. L’accueil est chaleureux. La proposition de vous asseoir est vite faite. Mais pas de café même si une cafetière neuve trône sur un guéridon. Puis un échange assidu s’enchaîne pour appâter le client mais aussi pour le conseiller sur son choix. Nous apprenons par la suite qu’une gerbe en bouquet de fleurs, en couronne, en losange ou en cœur n’a pas la même signification et ne peut pas être offerte en toute circonstance. Il en est de même de la couleur des fleurs. Le prix est aussi lié à tous ses paramètres et à bien d’autres telle que la dimension de la gerbe.
La fabrication et la vente des gerbes ou bouquets de fleurs est un métier où ne peut pas se lancer le premier venu. Cécile Rose Aimée Nga Messi s’en est rendue compte à ses débuts. Dans le désœuvrement, cette femme de 35 ans ayant une formation de secrétaire sténo-dactylo a eu du mal à trouver un emploi. Elle s’est lancée à la fabrication “ approximative ” des bouquets de fleurs pour les obsèques mais aussi pour les moments de joie (anniversaires, mariages, obtentions de diplôme). Ses clients, beaucoup plus des proches de son quartier, lui concèdent ses manquements. “ Je faisais du bricolage au quartier ”, reconnaît-elle. Lorsqu’elle obtient sa première vraie commande, d’un montant de 25.000 Fcfa elle fait recours à sa fournisseuse du matériel. “ Elle va m’aider à confectionner cette gerbe ”, avoue-t-elle. C’est alors qu’à la demande de cette dernière, elle va la rejoindre à “ La Sandrine ” une boutique des fleurs. La cohabitation dure six mois de mars 2001 à septembre de la même année. “ J’ai hâte d’être autonome, je décide de rentrer au quartier car je ne reçois pas de salaire. Or au quartier je peux dans la débrouillardise constituer un capital pour m’installer ”, confie Cécile Rose Aimée Nga Messi. Six mois plus tard, mars 2002, elle a réussi à collecter avec le soutien des bienfaiteurs un peu plus de 300.000 Fcfa. Elle s’installe au marché des fleurs dans un kiosque. Tout son capital y est englouti par le processus d’installation. 200.000 Fcfa sont versés au régisseur pour l’achat d’un espace dans ce marché et 100.000 Fcfa pour la confection du Kiosque.
 
Le dur labeur
Cela annonce des débuts difficiles, car elle n’a plus un sou pour acheter le matériel et des réprobations des commerçants. “ Elle est accusée de concurrence déloyale en venant, s’installer dans le même marché que sa formatrice. “ Il fallait du courage et j’en avais, car c’était ma seule issue de survenir et de manière autonome trouver mon pain quotidien ”, lance-t-elle. Et puis, deux amies de la famille vont lui offrir un matériel d’une valeur de 300.000 Fcfa, chacun. “ Cela me permet d’amorcer un véritable décollage ”, affirme-t-elle. En 2004, elle croit la terre s’effondrer sous ses pieds lorsque la Communauté urbaine de Douala décide de casser les étals anarchiques. “ Je suis affectée mais une partie de ma clientèle continue de me contacter au téléphone et moi-même je continue à accoster les clients en bordure de route”, confie-t-elle.
C’est en 2005 qu’elle s’installe devant l’hôpital Laquintinie. “ Depuis lors, je mène ma petite affaire et je n’ai plus jamais pensé au marché des fleurs ” argue-t-elle. Elle reconnaît que ce secteur d’activité connaît la même morosité que tous les secteurs de l’économie camerounaise. “ On fait moins de bénéfices en ce moment qu’il y a deux ans, mais je ne manque pas en semaine de quoi survenir à mes besoins et assurer mes cotisations. Je ne peux pas dire que Dieu m’a oubliée ”, lance-t-elle. Toutefois, elle avoue que “ ce marché est un hasard. Rien ne le régule, même pas le nombre de levée de corps. Tout dépend des familles et de leurs moyens ”, laisse-t-elle entendre. “ Nous confectionnons des fleurs pour les moments de joie (le baptême le mariage, l’obtention des diplômes et des médailles) tout comme pour les moments de tristesse. Pour ratisser large on joue les entremetteuses entre les familles endeuillées et les chauffeurs de corbillards ”, déclare Cécile Rose Aimée Nga Messi. Mais, elle fait aussi dans l’implantation et l’entretien des espaces verts.
 
 
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le 02-05-2007
Par Njog Mathieu Nathanaël - Publié dans : Portrait
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