Mercredi 2 mai 2007 3 02 /05 /2007 13:27
Société / Développement
 
Le village Ndokoti refuse de mourir
Il est beaucoup plus connu par son marché anarchique où prospèrent des mœurs très peu orthodoxes.
 
A la recherche des repères d’antan
Pour l’imagerie populaire, le célèbre carrefour Ndokoti porte un nom aussi singulier que tous les autres. “ C’est certainement le nom d’une légende ou d’une histoire ”, lance un habitant de PK10 au passage. Très peu s’imaginent que Ndokoti est le nom du village au cœur duquel trône le célébrissime carrefour des affaires les plus intenses et les plus lugubres. C’est à peine si on peut retrouver une habitation dans ce périmètre. Une intense activité économique a répandu ses tentacules. On y trouve une forte implantation des usines et un essaim de petits commerces conventionnels mais surtout informels. Quelques habitations ont résisté à cette poussée commerciale. Mais elles sont englouties dans cette agglomération. Même la chefferie n’a pas échappé à cette invasion. Elle est claustrée et menacée de disparition au cœur du marché mondial de Ndokoti.
Ndokoti est un village du canton Bassa de Douala. Il a été crée par Ndokoti (lire Ndokori) fils de Billong. Jusqu’en 1944, il s’étendait du carrefour haute tension de Bedi à Ndogpassi et intégrait Nyalla et l’actuel carrefour Ndokoti. “ Au regard de l’enclavement de ces années, il était difficile pour le chef du village de le parcourir pour remplir ses devoirs traditionnels et surtout ceux commandés par l’autorité administrative, c’est alors qu’il est éclaté en trois, donnant l’autonomie à Nyalla et Ndogpassi. Ils sont dirigés par deux autres frères de Ndokoti ”, affirme Sa Majesté Songué Bédimé Francis, chef du village Ndokoti. Mais il y avait aussi une volonté de multiplier les retombées provenant de l’Etat. Un aspect que les descendants reconnaissent bénéfiques. “ Lorsque l’Etat octroyait une aide ou une subvention elle n’était jamais suffisante pour toutes les populations de ce village. Depuis 1944, l’Etat octroie trois au lieu d’une seule aide ”, ajoute S.M. Songué Francis.
Conséquence, le village Ndokoti s’étend désormais au nord par Bédi au niveau du carrefour haute tension au sud par Ndogsimbi à partir de la route débouchant devant Aes Sonel Bassa, à l’est par Logbaba au niveau de Syncatex, zone industrielle et le lycée d’Oyack, et par Nyalla au niveau de PK 9, à l’Ouest par Ndoghem I au niveau de l’usine Guinness Cameroun et par Ndogong au niveau de l’usine Socaver. Il reste l’un des rares villages à cheval entre l’arrondissement de Douala IIIè et Douala Vè. “ J’assiste aux réunions dans les deux unités administratives ”, rappelle S.M. Songué Francis.
Ndokoti signifie Ndo : les enfants de et Koti : la veste. Personne ne se souvient si les ascendants de ce village étaient friands du port du costume dans leur vestimentaire. “ C’est plus un nom que la dérivée d’une attitude vestimentaire des populations ancestrales ”, précise le chef du village Ndokoti.
 
Treize années de vacances de chefferie
La chefferie est dirigée par Me Nlepé, huissier de justice. Dans les années 1985, il va prendre les rênes de la Dynamo de Douala, le club mythique des Bassa aujourd’hui, déchiré à l’image de l’Union des populations du Cameroun (Upc). Il est aussi réputé grand propriétaire terrien. Mais en 1991, il abandonne la chefferie et regagne la France où il a fait ses études. Après dix ans de vacances de trône, les autochtones entreprennent une procédure de destitution. Car, “ les corollaires sont néfastes, le village Ndokoti plonge dans l’anarchie. Il est sans repère traditionnel. Les autochtones perdent les notions et les valeurs traditionnelles, et les allogènes s’approprient des domaines parfois illégalement ”, reconnaît un fils de ce village. En 2004, le processus abouti avec l’intronisation de Sa Majesté Songué Bédimé Francis, docteur en pharmacie.
Depuis lors, il a entrepris de restaurer l’autorité traditionnelle. “ Mon combat est de longue haleine, les populations ont adopté de mauvaises habitudes ”, clame le chef de ce village. Avec ses administrés, il a mis sur pied avec l’appui du ministère de la Jeunesse, un conseil de jeunes de Ndokoti. Sous sa houlette, ces jeunes ont créé un comité d’hygiène et de salubrité et un comité de vigilance. Depuis trois mois, ils se distinguent dans ce grand carrefour par leurs chasubles de couleur verte fluo numérotées. Ils curent les caniveaux et jour et de nuit, ils assurent une patrouille de sécurité. Pour les soutenir la Communauté urbaine de Douala vient de leurs offrir deux brouettes. Pour faciliter leur opération de sécurité dans la nuit, le chef a fait installer des lampadaires au marché mondial. Le carrefour est un terreau de la pègre. Il y règne sans partage, agressions, viols et vols. C’est un haut lieu de tous les trafics et de la consommation de la drogue. S.M. Songué Bédimé Francis, chef du village de Ndokoti envisage aller en guerre contre toutes ces dépravations.
Des dépravations constatées aussi sur le plan traditionnel. Les fils et filles descendants de Billong ont perdu les repères de leurs liens généalogiques “ C’est pour restaurer cela que les trois chefs supérieurs frères de Ndokoti, Nyalla et Ndogpassi ont décidé de redynamiser ces liens familiaux en mettant sur pied l’association Kori Billong (Les descendants de Kori fils de Billong, Ndlr) ”, déclare S.M Songé Francis. Cette association se réunit tous les deux mois. Elle permet aux fils et filles du village Ndokoti originel dans ses limites naturelles de se mettre ensemble et de combattre les relations incestueuses. “ Les originaires de ces trois villages ne peuvent pas se marier ”, lance sentencieux le chef de Ndokoti. Tout en œuvrant à l’initiation de ce peuple aux valeurs socio-traditionnelles.
 
Le pôle économique menace le village
 
Le village Ndokoti a un poids économique sur le plan provincial en particulier et national en général. Il y règne une anarchie indescriptible. Les différents secteurs de la vie économique ont envahi les quatre coins cardinaux de ce village. Sur le plan agro-industriel, on peut citer les sociétés brassicoles de Guinness Cameroon et la société anonyme des Brasseries du Cameroun, et d’autres grandes structures de production à l’instar du centre thermique de Aes Sonel de Bassa, des usines de la Socaver, de la Cicam, du Complexe chimique du Cameroun (Ccc) et celles ayant pignon sur pied dans la zone industrielle de Bassa. Ici les unités de production chimique, alimentaire et de construction métallique se côtoient, accentuant la pollution de l’air et de l’environnement dans la ville.
La vaste activité commerciale conventionnelle est constituée de magasins, de boutiques, un complexe commercial, des stations services, débits de boissons, guichets de poste et des établissements financiers. Plus visible est le grandissime commerce informel qui s’est installé de manière anarchique sur les différents axes donnant sur ce carrefour. Avec une occupation illégale des trottoirs et des emprises publiques. “ Cela crée un désordre sans pareil au point de faire du carrefour Ndokotti une vraie poubelle, un haut lieu de prostitution, d’insécurité et de consommation de la drogue ”, indique Sa Majesté Songé Francis.
Le carrefour Ndokoti et ses environs sont ainsi constitués de sept grands secteurs économiques : Le secteur 1 va du tunnel au marché Syncatex. Le secteur 2 se concentre au marché mondial. Le secteur 3 est formé de toute l’activité en pleine expansion sur les abords des Brasseries du Cameroun. Le secteur 4 est celui animé sur le flan de la Socomecam. Le secteur 5 est le marché de la poste. Le secteur 6 est le marché Matgénie. Le secteur 7 est le marché du porc qui bat son plein à la lisière de PK 8. Cet ensemble forme un vaste pôle économique pour toutes les bourses. On retrouve tous les produits. “ On trouve ici toute sorte de marchandises. Même la viande humaine. Il faut seulement savoir s’y prendre et tomber sur la bonne personne ”, lance Joseph, commerçant ambulant.
Ce vaste déploiement économique ne laisse pas en répit le chef du village Ndokoti. Outre les litiges fonciers et familiaux qu’il a à résoudre, Sa Majesté Songé Francis dit avoir aussi à régler les conflits entre commerçants. Faute d’interlocuteur, il y a permanemment une menace de voir au moindre conflit la chefferie être pris d’assaut par les commerçants d’un secteur. C’est pour organiser ces secteurs que le chef du village Ndokoti entreprend dès jeudi 3 mai une opération de désignation sur les bases démocratiques des différents bureaux des commerçants. “ C’est tout simplement pour éviter de maintenir une situation de flou permanent. La chefferie tout comme l’autorité administrative a besoin dans ces différents secteurs des interlocuteurs ”, précise S.M. Songué Francis. Tout en avouant que ce développement économique ne profite en aucune manière au village. “ Avec son étendu et sa capacité économique, le village de Ndokoti mérite un meilleur reclassement de sa chefferie, en ce moment, il est de 2è degré ”, renchérit un de ses notables.
 
 
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le 02-05-2007
Par Njog Mathieu Nathanaël - Publié dans : Société
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