Liberté d’expression
Le directeur de publication du bimensuel «Le Jeune Observateur», subit des intimidations et des menaces de tout ordre.
Jules Koum Koum, directeur de publication et rédacteur en chef du bimensuel indépendant «Le Jeune Observateur», et par ailleurs correspondant de Reporter sans frontière (Rsf) au Cameroun est de plus en inquiet pour sa vie et celle de sa famille. Surtout qu’il devrait voyager dans les prochains jours pour la France. «Chez moi, ma famille a perdu le sommeil. Particulièrement mon épouse a des insomnies et vit dans un état de psychose permanent», affirme Jules Koum Koum. En effet, depuis le début du mois de septembre 2009, il est victime des agressions de toute sorte, allant du cambriolage de son domicile par des malfrats au piratage de l’adresse e-mail de son journal en passant par des appels anonymes pas du tout sympathiques.
Depuis quelques semaines, ses deux lignes de téléphones mobiles sont sur écoutes et même souvent bloqués à la réception des appels entrants. A cela s’ajoute le piratage de l’adresse e-mail de son journal. Il n’a plus accès à la boite e-mail de mon journal. Le mot de passe a été changé et ces nouveaux utilisateurs en ont profité pour envoyer des messages de détresse en son nom à plusieurs de ses contacts. «A partir de ma boîte, ils ont envoyé des messages à certaines de mes contacts dans lesquels, il est dit que je demande de l’aide pour me sortir dans un pétrin en Ecosse», affirme-t-il. Et, il nous avoue d’ailleurs que certains opérateurs économiques camerounais sensibles et soucieux de lui venir en aide, se sont fait gruger dans cette arnaque internationale. Conséquence, il a été obligé de modifier l’adresse e-mail de son journal.
Tout est parti dans la nuit du 1er au 2 septembre 2009, lorsque des malfrats armées se sont introduits dans son domicile à partir de la fenêtre des toilettes après qu’ils aient pris soin de désosser les anti-vols. Après avoir mis toute la maison sans dessus-dessous, ils vont emporter plusieurs téléphones portables, une serviette contenant des documents de travail et des objets de valeurs, tels que les bijoux de son épouse. Ils reviendront à la charge dans la nuit du 25 au 26 septembre 2009, mais prendront le large après les alertes des occupants, alors qu’ils étaient entrain de défoncer les volets.
Menaces liées à l’opération Epervier
Dans la soirée de lundi 5 septembre 2009, c’est un homme qui a du mal à dissimuler le stress qu’il vit ses derniers jours que nous avons rencontré. Surtout qu’il est de plus en plus tourbillonné par la volonté de comprendre, voire de décrypter les différentes épreuves physiques et psychologiques qu’il endure. «Bien malin qui pourrait dire les origines de ces attaques», non sans reconnaître que «ce sont des signaux assez forts. Je fais désormais attention, mais jusqu’où en fait ?», confie le Dp. Mais pour Rsf, il ne fait pas de doute que les menaces dont est victime le Dp du journal «Le Jeune observateur» sont liées à l’opération épervier pour lequel il y contribue par ses enquêtes au vitriol. «Depuis plusieurs semaines, ce journaliste respecté se distingue par ses enquêtes fouillées et documentées dénonçant la corruption d’un certain nombre de personnalités camerounaises. Par son travail, il contribue à l’opération de salubrité publique dite ‘Epervier’, encouragée par Paul Biya lui-même. Nous demandons à tous les partenaires internationaux du Cameroun, à travers la délégation européenne et les ambassades, de soutenir Jules Koum Koum, à la fois pour le protéger, mais aussi pour encourager le travail des journalistes en faveur de la lutte contre la corruption », indique le communiqué de Rsf. C’est pourquoi cette organisation demande que : «Le président camerounais, Paul Biya, doit dénoncer publiquement la campagne d’intimidation que subit actuellement Jules Koum Koum, directeur de publication de l’hebdomadaire.»
Et Jules Koum Koum de conclure : «les bourreaux veulent nous contraindre au mutisme et à l’exil, mais nous ne nous laisseront pas compter.» Rappelons qu’en 2005, il avait séjourné à la prison centrale de Douala après une condamnation de 6 mois d’emprisonnement ferme pour avoir été reconnu coupable du délit de diffamation. Une mobilisation internationale conduite par Rsf et de nombreuses Ongs avaient permis d’obtenir sa libération un mois plus tard.
Mathieu Nathanaël NJOG

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