Panorama publié dans Le Messager
Chapô
Qu’est-ce que la famille ?
Le mot famille vient du mot latin fama qui veut dire réputation. De fait, les membres d'une même famille portent le même
nom et jouisse d'un crédit et d'un honneur qu'ils doivent entretenir et défendre en commun. Car, la famille constitue la cellule nucléaire de la société dans le sens où elle permet une large part
de la reproduction sociale. Elle est valorisée en tant que principal lieu d'éducation et de solidarité. Mais aussi de préservation et de transmissions des traditions, des valeurs morales et
religieuses. C’est donc le premier lieu de socialisation de l'individu. Dans les sociétés modernes, la famille s'est progressivement restreinte à un
seul degré de parenté ou d'alliance.
Les membres de la famille ont des statuts différentiés en fonction de l'âge, du sexe, du rang dans la filiation, des
talents, de divers autres critères qui changent selon l'attribution de rôles sociaux ou économique et des règles coutumières de succession. Dans la
civilisation européenne, ces statuts sont: le parent, le père, la mère, l'oncle, la tante, le cousin, le cousin germain, le parrain et la marraine, le beau père, la belle-mère, la mère adoptive,
ou marâtre, l'aïeul, le mari, l'épouse, le fils, la fille, la belle fille, la filleule, la cadette, la benjamine, le petit-fils, le chef de famille.
La famille est également utilisée par analogie pour désigner des regroupements dont les liens ne sont pas exclusivement
fondés sur la parenté. Un couple, marié ou non, de personnes de sexes différents ou non, et accompagnés ou non d'enfants, lesquels peuvent être nés d'une précédente union, forment ce qu’on
appelle une famille recomposée. Un parent seul ou non marié avec au moins un enfant, c'est une famille monoparentale. Si les individus n'ont que des liens de parenté, mais ne vivent pas ensemble, on parlera de «famille au sens large», ou encore «parentèle». Il peut même s'agir d'une personne seule, dans ce cas on parle de «personne isolée». En cela la
famille est un ensemble d'au moins deux personnes, soit un couple avec ou sans enfant(s), soit un parent seul vivant avec au moins un enfant. Les familles claniques permettent la réaffiliation,
non seulement d'individus isolés, mais aussi des familles étrangères complètes. En somme, pour former une famille (au sens étroit), il faut donc non seulement vivre ensemble mais aussi avoir des
liens de parenté : on parle alors de «famille nucléaire» ou «groupe domestique»
En droit français, les personnes mariées se doivent «secours et
assistance». Les ascendants et les descendants, par filiation ou par alliance, se doivent aussi l'aliment. Mais plus les frères et soeurs, beaux frères et belles-soeurs. Une erreur à ne pas
commettre est de confondre «ménage» et «famille». En effet, un ménage n'est pas toujours une
famille.
Le Messager, dans le cadre de la journée mondiale de la famille qui se célèbre ce 15 mai 2009 avec pour thème :
«Mères et famille : défi pour un monde en mutation» a porté un regard sur ce qui reste encore l'unité fondamentale de base de la vie en société.
Une déperdition qui porte ses germes dans l’abandon des devoirs parentaux, une éducation approximative, un environnement pollué par un climat délétère dans les foyers.
Mathieu Nathanaël NJOG
Déperdition
Les conflits entre conjoints gagnent du terrain, les divorces sont de plus en
plus récurrents, et l’éducation des enfants laisse à désirer.
La famille, l’ombre d’elle même
De manière quasi unanime, les hommes s’accordent à affirmer qu’aujourd’hui, la notion de famille dans notre société a
pris un sacré coup. Le respect, la bienséance, la soumission, et plus particulièrement le vrai amour ont foutu le camp. Les mariages sont de plus en plus orientés vers des intérêts matériels et
égocentriques de l’un des conjoints. Selon Keedi, agent de Camtel et père de famille, de telles unions ont un impact sur la vie des couples, puisque «l’amour» disparaît dès qu’il n’y a plus de matériel, ou encore lorsque l’un des conjoints n’arrive pas à satisfaire les besoins de l’autre. A l’en croire,
c’est ce qui est à l’origine de la multiplication des divorces observés dans notre société. «Il y a des couples qui divorcent parce que le mari a perdu
son emploi», fait-il observé.
Mais pour Aurélie Somo, mère d’enfants, les hommes ont leur part de responsabilité. A l’en croire, il y a des
hommes qui mettent la barre très haute. «Ils vivent largement au-dessus de leurs revenus, parfois pour impressionner la femme. Dès lors qu’ils ne peuvent
plus tenir le rythme, la femme qui s’y était habituée va voir ailleurs », explique-t-elle. Autre problème à l’origine des divorces, c’est l’infidélité. «Il y a des femmes mariées qui ont gardé des contacts avec leurs ex. Dès qu’il y a une faille dans leur foyer peut-être à la suite d’une dispute, elles ont souvent
tendance à se rabattre de ce côté. Le jour que l’homme découvre l’infidélité, il déduit que ça dure depuis longtemps et demande le divorce», commente Evina, un informaticien.
Le mal de l’émancipation
Pour ce qui est des conflits entre époux, on n’en finit pas de les dénombrer. «Depuis qu’on a commencé à parler de l’émancipation des femmes, leurs mentalités ont beaucoup changé», indique Keedi. Et de poursuivre, «elles se croient désormais tout permis, narguent leurs maris et parfois abandonnent les enfants à leur propre sort. Il y a des hommes qui ne digèrent pas de tels
comportements et ça crée des prises de bec régulières dans le foyer », déplore-t-il. L’égoïsme des femmes, pour celles qui ont un emploi, est aussi remis en question. «Il y a des femmes qui estiment que leur argent n’appartient qu’à elles, et ne devrait pas rentrer dans les dépenses du foyer. Ce qui n’est pas normal»,
regrette Mandjole, gestionnaire dans une entreprise de la place.
L’éducation des enfants est aussi un sérieux problème qu’on relève dans les familles, notamment celles monoparentales.
Selon le socio-politologue Amougou Mbarga qui s’exprimait sur les ondes d’une radio, pour se construire dans la cellule familiale, l’enfant a besoin de deux figures : «La figure du père qui relève de l’autorité et de la discipline, et la figure de la mère qui relève de l’affectivité et de l’émotivité». Lorsque l’une de ces
figures vient à manquer, l’impact se fait ressentir sur l’éducation de l’enfant. Or l’homme et la femme sont conçus de telle sorte qu’aucun ne peut produire les deux figures. L’absence d’un des
parents est l’une des causes du déséquilibre éducationnel de l’enfant, ce qui favorise à la longue la délinquance et autres écarts de comportements observés chez certains jeunes vis-à-vis de
leurs aînés et parents. Conséquence, l’enfant finit par se retrouver dans la rue, et n’aspire plus jamais retourner au sein d’une famille.
Francis T. Meli
(Stagiaire)
Education
Les enfants issus des familles monoparentales ont plus de chance de devenir des
laissés pour compte.
Monoparentalité, un risque pour l’enfant
La journée internationale de la famille se célèbre ce 15 mai. Mais la notion de famille reste un concept qui dépérit peu
à peu dans le monde et plus précisément au Cameroun, en Afrique. De plus en plus, on voit la recrudescence des familles monoparentales (Fmp) où un seul adulte assure la charge des enfants. C’est
une famille où seule une personne est responsable des tâches prises en charge par deux personnes dans les autres familles.
En effet, le manque de ressources du parent seul affecterait, de manière directe ou non, la santé et le bien-être des
enfants. Mais même en ajustant en fonction des différences de revenus, il reste un constat défavorable à la monoparentalité. En 2006, selon le rapport de l’Ong enfants
du monde-Cameroun plus de 22% des enfants à charge étaient comptées dans les familles monoparentales (Fmp), soit à la suite de l’échec du mariage, soit par veuvage, soit par une naissance ou une
adoption non conjugale ; et environ 90% de ces Fmp sont dirigées par une femme. Le fait que ce sont principalement des femmes qui élèvent seules leurs
enfants, conditionne clairement la situation des familles monoparentales. La monoparentalité défavorise les enfants.
Conséquences
Cette situation aurait ainsi un risque de mortalité plus élevée, notamment entre 4 et 12 ans. Outre la mortalité
plus importante, les enfants issus de familles monoparentales ont un plus fort risque d'exposition à divers problèmes. Ainsi, les troubles psychologiques étaient plus nombreux, notamment durant
l'enfance plutôt que l'adolescence. Elles sont dues la plupart des temps aux causes de séparation des parents, aux nombreux déménagements, cohabitations et
dissolutions et aussi à l’état de précarité de la plupart des familles monoparentales. Sans compter l’abandon de l’enfant par le parent. «Quand le parent
n’est pas responsable, il y’a un risque certain que l’enfant devienne un délinquant ou une prostituée parce que abandonné à lui-même. J’ai fait 12 ans avec un homme et on s’est séparé. Je
m’occupe seul de mes trois enfants. Je suis obligé de sortir me battre et quand je le fais, je pense toujours à rentrer rapidement voir comment vont mes enfants», explique Bedoungue Marie,
chef de famille monoparentale.
De nombreux parents monoparentaux se battent comme ils peuvent pour subvenir à l’éducation de leur
progéniture mais la tache reste ardue. Les enfants issus des jeunes familles monoparentales demeurent les plus exposés à toutes les violations des droits de l’enfant. «Néanmoins, on ne peut jamais contrôler les enfants quand on n’est pas présent et même les nounours et autres centres de garderie ne peuvent pas éduquer l’enfant
comme s’il était dans une famille qui a un père et une mère. De plus ils auront tendance à copier tout ce que fait le parent et même à s’identifier à lui quand il sera avec d’autres enfants.
L’enfant vit en fait le traumatisme de la séparation de ses deux parents car il a besoin de tous les deux pour son éducation affectif, culturel et intellectuel», affirme Bedoungue. Même
si on remarque qu’il y a des parents qui se distinguent en octroyant à leur enfant une nutrition saine, une éducation respectable, un cadre de vie sain et empreint de gaieté. Ce qui favorise la
pleine croissance des enfants car un enfant est de toute façon plus heureux dans une famille monoparentale avec
peu de conflit qu'avec ses deux parents toujours en train de se disputer.
Sévère KAMEN
Trois questions à…
Docteur Kemayou Louis Roger
Chargé de cours au département de communication de l’Université de Douala, ce
sociologue analyse le concept actuel de la famille dans le contexte africain en général et camerounais en particulier.
« La famille en Afrique n’est plus élargie comme
autrefois »
Pensez-vous que la notion de famille au Cameroun en a connu une évolution de
nos jours ?
Dire que la notion de famille aurait évolué au Cameroun me semble erronée car on assiste plutôt à une régression. La
forme qu’on voit actuellement n’est pas une forme évoluée de la famille. La culture africaine a offert au monde ce que devait être une famille. Autrement, dit la famille africaine était élargie.
Elle était constituée du père, la mère, les enfants, les oncles, les tantes, les cousins…Cette image différente de la famille occidentale qui est un modèle nucléaire, à savoir : le père, la
mère et les enfants. Ces familles africaines élargies d’autrefois étaient organisées pour que l’encadrement des enfants se fasse dans la meilleure des manières. En cas de conflits entre les
parents et les enfants, les tantes, oncles, cousins et autres intervenaient par exemple pour résoudre ces problèmes, qui en Occident, nécessitent l’intervention d’un psychologue. Or en adoptant
de nos jours le modèle culturel occidental, nous en sommes venus à privilégier la famille nucléaire et l’individualisme. Cette forme empruntée de la famille évolue comme en Occident. C’est ainsi
qu’on assiste de moins en moins à des mariages et de plus en plus à des divorces. Par conséquent l’institution qu’est la famille va adopter une nouvelle figure qu’est la famille monoparentale.
D’où le déséquilibre familial et la non prise en charge totale des enfants.
De quoi dépend l’équilibre familial dans la société
actuelle ?
L’équilibre des familles actuelles est souvent instable et s’obtient au prix de beaucoup de sacrifices. Les familles
élargies n’existent presque plus. En conséquence, les vieillards sont marginalisés, les enfants de moins en moins pris en charge dans le cercle familial. D’où leur présence dans les rues, dans
les familles monoparentales et dans les orphelinats. De plus dans ces familles monoparentales, l’éducation laisse à désirer. Ce qui explique le taux élevé des échecs scolaires avec le corollaire
de l’abondance de petits métiers dans lequel ils vont exceller. Et de là découlent la criminalité, la drogue, le viol, la prostitution… Chez les parents, les conséquences sont l’alcoolisme, le
débordement sexuel et autre tare. Je dois aussi dire que l’éducation de base d’une famille a une influence majeure au sein de la société. Ceci parce que la famille est considérée comme la cellule
primaire en société. Si on veut une société forte équilibrée, la base c’est la famille. Si la famille est fragilisée alors la société perdra de sa vitalité.
Le thème de cette journée s’intègre t-il dans le contexte
camerounais ?
Je pense que le thème : «Mères et famille : défi pour un monde en
mutation» en effet s’intègre dans une problématique camerounaise dans la mesure où le Cameroun de demain ne peut se bâtir positivement qu’avec une jeunesse qui aura intégré les valeurs
positives évoquées plus haut. Lesquelles valeurs sont portées par des mères dignes de ce nom. Par ailleurs, je tiens à préciser que la mère a un rôle très important dans la stabilité de la
famille, car la culture africaine a conféré beaucoup de pouvoir à la femme en dépit de ce qu’on peut en penser. Elle est le socle du foyer, c’est pour cela qu’il faut souhaiter que la jeune fille
qui va être mère demain puisse être instruite intellectuellement, mais aussi et surtout spirituellement. Ceci afin de pouvoir porter les valeurs à communiquer à leur progéniture, aux fins de
s’assurer de leur résistance contre toute forme d’agressions extérieures, pour en faire des humains équilibrés dont la société a besoin.
Propos recueillis par
Linda MBIAPA (stagiaire)
Commentaires Récents