Découverte - Célébration
Les préparatifs des festivités marquant le cent cinquantenaire de la cité balnéaire créée par le missionnaire Alfred Saker entrent dans leur phase décisive. Ils rencontrent l’opposition de la conférence des chefs traditionnels.
I- Les récriminations des chefs traditionnels
A deux semaines du démarrage des festivités du 150è anniversaire de la ville de Limbe, le délégué du gouvernement de la Commune urbaine de Limbe (Cul), Motanga Andrew Monjimba, a donné samedi 14 novembre 2009, une conférence de presse dans la salle de délibération de l’hôtel de ville. Il était en compagnie des principaux membres du Comité d’organisation (Co) à l’instar de Mbongo Molongo Noah, le président du comité d’organisation ; l’ancienne député, Gwendolyn Burnley, vice-présidente et Mme Etombi Gladys Ikome, coordonnatrice du comité de suivi. Les débats ont essentiellement porté sur l’appel au boycott lancé par la conférence des chefs traditionnels du chef-lieu du département du Fako. Ce qui justifie leur absence à cette rencontre avec la presse et même leur non implication dans les préparatifs. «On célèbre quoi ? Rien n’a été construit pour concourir au développement qui mérite une telle célébration pour une ville qui a tant d’années d’existence et qui porte un pan important de l’histoire du Cameroun. Cela cache mal une volonté manifeste de distraction des fonds», affirme chief Ekoum, président de la conférence des chefs traditionnel de la ville de Limbe.
A en croire, certains proches des chefs traditionnels, le chapelet des récriminations des autorités traditionnelles de cette ville est encore plus acerbe. Ils réclament entre autre que les autorités municipales rebaptisent la ville du nom de Victoria, sa première appellation. Ils dénoncent l’indifférence des autorités compétentes et élites de s’impliquer dans l’épineux et préoccupant problème de désignation du chef supérieur de Limbe). «Ils ne font rien pour défendre les intérêts locaux et résoudre cette situation explosive qui fragilise une réelle assise traditionnel», souligne notre interlocuteur. Bien plus, les chefs traditionnels décrient, le non recrutement des fils et filles des régions anglophones au projet du Yard pétrolier et au port de Limbe. Et même la décadence silencieuse du port de Limbe.
En réplique à toutes récriminations, Motanga Andrew a rappelé aux journalistes que cette conférence n’était pas organisée pour répondre aux chefs traditionnels. «Les chefs sont nos pères et des autorités dont on reconnaît le pouvoir traditionnel. A ce titre ils sont libres d’avoir leur opinion que nous respectons sur les affaires de la cité. Mais il y a des exigences qui ne sont pas de notre compétence. Le changement du nom de la ville de Victoria pour Limbe est un décret du chef de l’Etat et pas une délibération de la communauté urbaine. Et puis on ne peut pas autant demander sur le plan des investissements à une Communauté urbaine qui a à peine 4 ans d’existence», affirme Le délégué du gouvernement. Avant de confier : «Nous espérons que d’ici le début des festivités ils vont revenir à de meilleurs sentiments. Les négociations sont en cours.» Non sans rappeler que, la Cul et les trois maries de Limbe partenaires à cette célébration, ne sont pas les organisateurs mais des facilitateurs.
II- Leitmotiv : Unité et progrès
Pour le Comité d’organisation, la machine est irréversible, la célébration du 150è anniversaire aura bel et bien lieu du 3 au 5 décembre 2009. Elle a l’onction de la plus haute hiérarchie de la République. Prévue pour se tenir en décembre 2008, l’année de son cent cinquantenaire, « le Co a été confronté aux difficultés de mobilisation des fonds. Préalablement porté à 280 millions Fcfa, le budget a été ramené à 97 millions Fcfa », Mbongo M. Noah. A ce jour «le niveau des préparatifs est de 80%», affirme Mme Etomi Gwladys. Et pour sa réussite, toutes les compétences ont été sollicitées non sans tenir compte des origines et des chapelles politiques. «Cette célébration n’est pas une affaire des seuls autochtones de la ville de Limbe, mais de toutes populations vivantes dans cette cité balnéaire chargée d’un pan de l’histoire du Cameroun. Cela dit c’est la richesse culturelle du Cameroun dans son ensemble qui sera valorisée», souligne honorable Gwendolyn Burnley. Toutes les communautés résidantes à Limbe sont impliquées et vont vendre la richesse culturelle de leur terre souche. Car il s’agit de célébrer l’évolution historique de cette ville qui a été écrite avec toutes ces personnes issues des flux migratoires à la recherche du mieux être. Car Limbe est une ville particulière au regard de cet héritage culturel et sa population cosmopolite où l’on retrouve de personnes de différentes tribus et nationalités vivant dans la paix.
Pour le président du Comité d’organisation, cette célébration n’est pas une première, le cinquantenaire et le centenaire de la création de cette ville ont été célébrés avec faste et solennité. A ce titre, ce 150è anniversaire est placé sous le thème : «Rallumer la flamme de l’unité et du progrès». Elle a pour objectif de mobiliser les partenaires au développement afin de créer une synergie de modernisation de cette ville au cour de ce 21è siècle – Créer des opportunités qui permettront de résorber la pauvreté – Vendre la richesse culturelle du Cameroun et des atouts de cette région afin d’en faire une destination touristique très prisée par toutes ces personnalités qui viendront d’ailleurs. Notamment, les délégations des 27 mairies des pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique qui seront présentes à cette célébration. Et qui tiendront un colloque scientifique international et l’assemblée générale de l’Alliance internationale des anneaux de la mémoire (Aiam) dont le président est l’ancien chef d’Etat du Bénin, Nicéphore Soglo. Une première pour cette association basée en France, qui va tenir ses assises hors de la France.
Pour auréoler cette fête, le Comité d’organisation dit n’avoir pas fait dans la dentelle. On annonce des activités sportives et culturelles. On peut citer : l’organisation d’un carnaval que n’a jamais connu cette ville, l’élection Miss Limbe qui ne sera pas l’éloge de la beauté mais de la connaissance de Limbe sur le plan historique, géographique et linguistique afin qu’elle serve d’ambassadrice, une célébration œcuménique qui va consolider le microcosme religieux que représente cette Limbe dans l’histoire religieuse du Cameroun.
III- Remimber Alfred Saker
Limbe a été fondée sous le nom de Victoria par le missionnaire anglais Alfred Saker en 1858. Lorsque Don Carlos Chacon, Commandant de l'escadre navale espagnole et gouverneur général des îles espagnoles de la côte Ouest-africaine débarque à Fernando Pô avec la détermination de faire la chasse au protestantisme pour installer le catholicisme, exactement comme dans le royaume d'Espagne. Il contraint Alfred Saker à traverser l’océan atlantique pour atteindre la côte du continent africain où se dressait le pic volcanique du Mont Cameroun qu’il dévorait sans cesse d’admiration et d’envier de franchir. Le 27 mai, Alfred Saker tient un grand meeting à Fernando Pô pour annoncer qu’il va quitter cette localité où il est installé depuis des années pour aller conquérir de nouveaux territoires occupés par des peuplades encore sauvages dans le but de convertir et civiliser ces communautés au christianisme. C’est alors que Alfred Saker parcourt les localités de Bimbia et de Douala. Il décidé alors de s’installer et de donner à cette ville le nom de la reine d’Angleterre, Victoria. La côte balnéaire de cette ville, la clarté des eaux qui donnent sur le bord de l’océan atlantique et le climat, vont décider son choix.
Il y trouve un écho favorable auprès du chef de Bimbia, Sa majesté Bile William qui accepte de le céder des parcelles importantes de terre pour implanter des infrastructures (église, école, logements et imprimerie) adéquates pour sa mission. Après avoir porté le nom de Victoria pendant 126 années, le chef de l’Etat par un décret présidentiel du 16 mai 1982 rebaptise cette ville du nom de Limbe. Nom dérivé de la rivière qui traverse la ville et qui est celui du nom de l'ingénieur, Limburgh qui a construit le premier pont à l'entrée de la ville. C'est dans cette ville que Saker a crée la première mission chrétienne de la côte camerounaise et le premier établissement européen permanent au Cameroun. Imprégnant une influence britannique dans cette région qui reste fortement ancrée et marquée avec la langue anglaise qui est dominante dans la communication, mais aussi aux produits d’origine britannique qui sont très appréciés. Limbe est une ville de la région du Sud-Ouest du Cameroun qui s’étend sur le versant sud du Mont Cameroun sur une superficie de 191 km2. Elle est devenue une destination touristique. Au lendemain de l’indépendance, son port était avec celui de Douala les plus importants du Golfe de Guinée. Mais aujourd'hui, celui de Douala est devenu le seul port d'entrée du Cameroun. Si celui de Kribi, dans la région du Sud va connaître des travaux d’extension pour en faire un des plus importants de la sous-région, le port de Limbe est bloqué dans une douce léthargie. Il y a les plantations de palmeraies, et d’hévéa de la Cameroon development corporation (Cdc) qui ceinture la ville et lui donnent un paysage pittoresque. Le sol volcanique, la chaleur et l'humidité de la région sont particulièrement avantageux pour ce type de culture. Mais elle abrite aussi une des plus hautes pluviométries du monde dans la localité d’Idenau, plus précisément à Debundscha qu’on cite aussi pour on et son lac de cratère.
Mathieu Nathanaël NJOG, à Limbe; Article publié dans Le Messager
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